Chi n l c ngo i ng trong xu th h i nh p
Tháng 11/2014
PHÂN TÍCH HỘI THOẠI: MỘT CÁCH TIẾP CẬN (LIÊN) VĂN HÓA
Nguy n Vi t Ti n
Trường Đại học Hà Nội
Tóm t t: Mục ñích của các nghiên cứu phân tích
Abstract: Conversational analysis obviously aims
hội thoại là nhằm mô tả các cuộc thoại. Đó là một ñiều
at the art of describing a conversation. Obvious.
hiển nhiên. Nhưng ñiều gì sẽ xảy ra trong một cuộc
However, what problem would be occurred in a
thoại mà các bên tham thoại thuộc các nền văn hóa
conversation between speakers of different cultures?
khác nhau? Các yếu tố bằng lời, phi lời và cận lời của
What are the verbal, non-verbal and para-verbal
một tương tác hội thoại liên văn hóa là gì? Các qui tắc
elements in an intercultural verbal interaction? What
ñiều chỉnh hành vi, ngôn ngữ và phi ngôn ngữ, của các
should be the behavior (linguistic and others) of
bên tham thoại trong một tương tác hội thoại liên văn
interactants in such interaction? A vast field of study
hóa là gì? Đó là một mảnh ñất hầu như còn hoang sơ,
that remains more or less untapped, at least in verbal
chưa ñược khai phá, ít nhất là ñối với các cuộc thoại
interactions in french or in vietnamese between French
bằng tiếng Việt hoặc tiếng Pháp giữa các bên tham
and Vietnamese people. This study attempts to provide
thoại là người Việt và người Pháp. Bài viết này nhằm
some solutions to these questions and thus provide
bước ñầu ñưa ra một số câu trả lời cho các câu hỏi trên
food for thought on further studies on the components
và qua ñó, vạch ra một số hướng nghiên cứu sâu hơn
of intercultural verbal interaction and on developing
về các yếu tố cấu thành của một tương tác hội thoại
training programs to develop the competence of
liên văn hóa, làm cơ sở ñể xây dựng các chương trình
intercultural communication. These objectives should
dạy và luyện các kĩ năng giao tiếp liên văn hóa. Đó
be as conversational analysis of a(n) (inter)cultural
cũng chính là các mục ñích cần ñạt của ngành phân
approach.
tích hội thoại theo hướng tiếp cận liên văn hóa.
ANALYSE CONVERSATIONNELLE
Une approche (inter)culturelle
Résumé:
L’analyse
conversationnelle
a
pour
compétence en communication interculturelle. Tels
objectif de décrire la conversation. Une évidence. Mais,
devraient
que se passe-t-il entre les interlocuteurs de cultures
conversationnelle d’une approche (inter)culturelle.
différentes dans une conversation? Quels sont les
Un membre d’une communauté est toujours
sujet et objet de différentes interactions, dont une
part importante (aussi bien quantitative que
qualitative) est constituée des interactions verbales.
Ainsi, une conversation (dialogue, trilogue) est
toujours un «ouvrage collectif» co-construit par
les participants. Ces derniers sont soumis à un
ensemble de «règles conversationnelles» qui
régissent leur interaction verbale à tous les égards
et à différents niveaux, de la structure de la
conversation (ouverture, tours de paroles, clôture)
aux éléments constitutifs (éléments verbaux, mais
aussi non verbaux et paraverbaux), du sujet abordé
aux actes de langage en passant par les relations
éléments verbaux, non verbaux et paraverbaux d’une
interaction verbale interculturelle? Quels devraient être
les
comportements,
langagiers
et
autres,
des
interactants dans une telle interaction? Un vaste
champ d’étude qui reste peu ou prou inexploité, en ce
qui concerne les interactions verbales en français ou
en vietnamien entre Vietnamiens et Français tout au
moins.
Cette
étude
essaie
d’apporter
quelques
éléments de réponse à ces questions et trace par làmême des pistes de réflexions vers des études plus
approfondies
des
éléments
constitutifs
d’une
interaction verbale interculturelle et vers l’élaboration
de programmes de formation pour développer la
être
aussi
les
objectifs
de
l’analyse
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Ti u ban 4: Văn hóa trong ho t ñ ng gi ng d y ngo i ng th i kỳ h i nh p
avec les paramètres situationnels et entre les
interactants. Détecter ces règles et les décrire, tels
sont les objectifs de l’analyse conversationnelle,
une science qui a débuté dans les années 70 du
siècle dernier aux Etats-Unis et qui a été
poursuivie en Europe, en Grande Bretagne, en
Suisse et en France…
Ce qui est important à souligner, à notre sens,
c’est que ces règles ne sont pas universelles. Elles
peuvent varier énormément d’une culture à l’autre.
Ainsi, dans une interaction verbale où les
interactants ne sont pas de même culture, les
différences d’ordre culturel peuvent intervenir à
tout niveau et à tout moment de l’interaction et
peuvent conduire à des situations embarrassantes,
et ce, malgré la maîtrise parfaite de la langue utilisée
par les interactants. Dans le cadre de cette étude, nous
nous contentons d’aborder quelques pistes.
1. De la structure de la conversation
Si on peut facilement se mettre d’accord pour
dire que la composition en 3 parties d’une
conversation – ouverture, corps, clôture – est une
universalité, la façon dont les participants
effectuent ces parties, surtout les parties qui sont
«ritualisées», à savoir l’ouverture et la clôture,
reflète souvent de grandes différences d’ordre
culturel. Ainsi, un manque de connaissances
culturelles de l’ «autre» peut causer des
malentendus, voire des chocs culturels affectant le
bon déroulement de l’interaction. Un exemple: un
Français, en vacances à la Martinique, s’étant
égaré, aborde le plus poliment du monde un
«vénérable insulaire»:
- Excusez-moi, monsieur, est-ce que vous
pourriez me dire de quel côté se….
Mais ici, vive interruption de l’autre, furieux:
- D’abord, quand on est poli, on commence par
dire bonjour aux gens, avant de leur demander
quelque chose! (Kerbrat-Orecchioni, 1994:51).
S’il en était ainsi, c’est parce que dans la
culture française, dans ce genre de situation, l’acte
de demande d’excuse peut se substituer à l’acte de
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salutation alors que pour les Martiniquais, il faut
toujours «dire bonjour aux gens, avant de leur
demander quelque chose.»
Le tour de paroles est un élément constituant
de la conversation. Le temps d’intervalle minimal
entre deux interventions est aussi porteur
d’empreintes culturelles. D’après une étude de
Kerbrat-Orrechioni (1994), le temps d’intervalle
minimal entre deux interventions est de 5/10 de
seconde chez les Américains, 3/10 de seconde
chez les Français. Quant aux Vietnamiens, à notre
connaissance, il n’y a pas, jusqu’à présent, d’étude
mesurant précisément ce temps d’intervalle mais, à
notre avis, dans le tour de paroles chez les
Vietnamiens intervient un autre facteur, également
d’ordre culturel. C’est le rapport de places des
interactants: C’est celui qui est plus âgé ou qui se
trouve en position haute qui a le droit d’intervenir,
d’interrompre, à même de «monopoliser» la parole.
2. Des actes de langage
Un acte de langage peut être commun à
plusieurs langues mais la réalisation d’un même
acte (par quel moyen, de quelle manière, pour quel
objectif…) peut être régie par des facteurs
culturels. Deux exemples: acte de salutation et
acte d’interrogation.
Chaque acte de langage peut être matérialisé
par des moyens linguistiques (mots, expressions,
structures) spécifiques («Chào» en vietnamien,
«Bonjour/Bonsoir»
en
français,
«Good
morning/Good afternoon» en anglais…). D’autre
part, une structure linguistique peut être utilisée
pour réaliser différents actes de langage. On peut
citer le cas de la salutation en vietnamien.
Kerbrat-Orrechioni (1994:53) a mentionné «les
principaux types de «greeting questions»
susceptibles d’accompagner la salutation chào en
vietnamien». Cette analyse, sans doute inspirée du
modèle français, n’est pas tout à fait exacte car en
vietnamien, toutes les questions, à une seule
condition qu’elles soient appropriées à la situation
peuvent être utilisées, dans la communication
quotidienne, à la place de ou en guise
d’expression de la salutation.
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Thỏng 11/2014
Il en est de mờme pour lacte dinterrogation.
Si on peut se mettre daccord pour dire que la
question est loutil principal pour rộaliser lacte
dinterrogation dans toutes les langues, ce quon
fait en posant une question (Pourquoi pose-t-on
une question?) et, corrộlativement, la faỗon dont
on la pose (Comment la pose-t-on?) sont quant
eux des ộlộments rộgis par des paramốtres
culturels et sont ainsi trốs diffộrents dune culture
lautre. Pour illustrer ce point, nous empruntons
Han-Up Jang un exemple quil a prộsentộ dans
sa thốse intitulộe ôLa politesse verbale en corộen,
en franỗais et dans les interactions exolinguesằ
sur le fonctionnement comparộ de la politesse
verbale en corộen et en franỗais:
- Un ộtudiant corộen en France: ôMon
directeur de recherche franỗais ma rộservộ un
accueil trốs froid. Il ne ma mờme pas demandộ si
jộtais mariộ, quel õge javais, oự jhabitais, etc.ằ
- Et un Franỗais ayant vộcu un an en Corộe:
ôQuand un Corộen fait la connaissance dun
ộtranger, il lui demande trốs vite son õge, sil est
mariộ et sil a des enfants. Cest quasiment un
interrogatoire dộtat-civil. Pour lộtranger, cest
toujours un peu surprenant au dộbut.ằ (Jang, 1993:8).
Sur ce point, les Vietnamiens sont plutụt plus
proches des Corộens. Un Vietnamien commence
de prộfộrence une conversation avec un(e)
inconnu(e) par une sộrie de questions sur lõge
(lõge ộtant un critốre important pour dộterminer
le rapport hiộrarchique entre les interlocuteurs
vietnamiens et pour choisir les termes dadresse
appropriộs), sur la situation de famille - les parents,
les enfants(afin dexprimer lintộrờt quil porte
sur son interlocuteur), alors quil sagit bien l des
questions taboues dans une conversation entre
Franỗais...1
3. Des ộlộments
interaction verbale
constitutifs
dune
Dans une interaction verbale, les ộlộments
verbaux sont souvent accompagnộs dộlộments
1
Cest la raison pour laquelle nous avons proposộ, dans
une autre ộtude, que les expressions ôcho hiằ et ôhi
thmằ en vietnamien devraient ờtre ộtudiộes comme des
mộcanismes culturels et non pas comme de simples
ộlộments lexicaux.
non verbaux et/ou paraverbaux. Parmi les
ộlộments non verbaux et paraverbaux, on peut
citer, par exemple, la posture, le regard, les gestes
et mimiques
3.1. Des ộlộments non verbaux
Aprốs le tournage de LOdeur de la papaye
verte, Tran Anh Hung, le rộalisateur a racontộ:
ôMes acteurs sont des Vietnamiens de Paris. Jai
dỷ leur rộapprendre se tenir accroupis, leur
rộenseigner toute une gestuelle: on ne bouge pas
de la mờme faỗon en France et au Vietnam.ằ
(Tộlộrama 2265, 9.6.1993, p.34). Dans ce que
Tran Anh Hung a appelộ par ôune gestuelleằ dans
son domaine, il sagit justement dộlộments non
verbaux dans les interactions verbales.
Parmi les ộlộments non verbaux, dans une
approche interculturelle, on ne peut pas ne pas en
considộrer deux, savoir la proxộmique et le regard.
- La proxộmique: La distance est un facteur
ôgộographiqueằ mais la faỗon dont les
interactants gốrent ce facteur reflốte le degrộ
dintimitộ entre eux et la bonne distance entre les
interactants varie ộgalement dune culture lautre.
Selon Stewart, les Amộricains se tiennent trop loin
pour les peuples latins ou arabes mais trop prốs au
goỷt des Thaùs ou des Japonais. En ce qui
concerne les Europộens, on peut ộtablir cette
distance dans lordre graduel dộcroissant:
Scandinaves > Allemands > Franỗais >
Espagnoles ou Italiens. (Stewart, 1972, citộ par
Kerbrat-Orecchioni, 1994:19).
- Le regard: Daprốs Graham & Sano, dans le
contexte dune nộgociation commerciale, les
Japonais ộtablissent un contact oculaire pendant
13% en moyenne de la durộe de linteraction; les
Amộricains et les Corộens pendant 33%, et les
Brộsiliens pendant 52% de cette mờme durộe.
(Graham & Sano, 1989, citộ par KerbratOrrechioni, 1994:24).
A notre connaissance, il ny a pas encore
jusqu ce jour dộtude quantifiant de faỗon
prộcise, comme dans les exemples ci-dessus, les
ộlộments non verbaux dans une interaction verbale
la vietnamienne. Une chose certaine notre
sens: Une ộtude de ce type ne pourrait ne pas
considộrer un certain nombre de paramốtres, qui
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ne sont pas forcément importants dans d’autres
cultures, dont l’âge, le sexe des interactants ou le
rapport hiérarchique entre ces derniers. Par
ailleurs, une étude de la «bonne distance» et le
timing du contact oculaire dans une interaction
interculturelle seraient intéressants, en ce sens qu’ils
permettraient de comprendre comment les
interactants de cultures différentes se voient les uns
les autres et la façon dont ils «s’approchent les uns
des autres»2 au cours d’une interaction verbale.
3.2. Des éléments paraverbaux
Un exemple: serrer la main à quelqu’un en le
saluant.
On peut constater que chez les Vietnamiens,
c’est toujours, ou presque, celui qui se trouve en
position basse (plus jeune ou inférieur dans l’ordre
hiérarchique) qui tend la main le premier. Or, tout
le monde sait que dans les pays occidentaux, le
berceau de cet acte, c’est bien l’inverse. Notre
explication à cela: Serrer la main à quelqu’un en
le saluant n’est pas un geste de pure tradition
culturelle des Vietnamiens. Mais en «important»
ce geste, les Vietnamiens l’ont «apprivoisé» selon
leurs critères culturels selon lesquels, les «petits»,
par respect, doivent saluer les «grands» d’abord,
sinon, ils seront mal vus puisqu’accusés de
manque de respect.
En guise de conclusion:
1. L’analyse conversationnelle ne doit pas
s’arrêter aux éléments linguistiques de surface
mais doit aussi prendre en considération la
profondeur culturelle. Dans cette perspective, les
«règles
conversationnelles»
doivent
être
comprises comme étant un ensemble qui comporte
non seulement des règles linguistiques mais
également des mécanismes et éléments culturels
qui régissent le (bon) déroulement d’une
interaction verbale.
2. La linguistique contrastive a apporté des
contributions importantes au développement des
sciences
du
langage
dont
l’analyse
2
Traduction de «xích lại gần nhau», expression
vietnamienne parlant d’une situation où les gens qui ne se
connaissent pas ou peu ou, surtout, qui ont des points de
vue opposés, se familiarisent, sympathisent les uns avec
les autres dans une relation.
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conversationnelle
fait
partie.
L’analyse
conversationnelle a certes bénéficié de ces acquis
mais en effectuant une étude contrastive dans le
domaine d’analyse conversationnelle, nous devons
élargir notre champ d’étude aux éléments culturels
car c’est seulement par ce biais que nous pouvons
comprendre ou mieux comprendre notre objet
d’étude, la conversation, sur le plan linguistique.
3. Dans l’enseignement/apprentissage des
langues étrangères, sur le plan théorique, tout le
monde est conscient de l’importance de la
dimension culturelle. Mais, en réalité, les éléments
culturels ne sont considérés et traités comme des
«ingrédients» qui accompagnent les éléments
linguistiques. A notre sens, les éléments culturels
devraient être inclus comme éléments constitutifs
dans tout programme d’enseignement/apprentissage
de langue, et ce, depuis l’élaboration du
programme aux pratiques de classe.
4. Comme nous l’avons dit en introduction,
cette étude ne trace que quelques pistes de
réflexions, lesquelles pourraient servir de cadre
pour 1/ des études comparatives plus approfondies
des éléments constitutifs des interactions verbales
interculturelles, en français et en vietnamien en
l’occurrence et 2/ des études en vue de
l’élaboration de programmes de formation pour
développer la compétence en communication
interculturelle chez les étudiants vietnamiens de
français et/ou les étudiants français de vietnamiens.
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